France Travail : la complexité administrative pèse sur les intermittents du spectacle
- La rédaction
- 3 avr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr. 2025
Face à un régime d’indemnisation compliqué, rares sont les intermittents capables de comprendre les calculs derrière les indemnités qu’ils perçoivent. Si France Travail assure faire de son mieux pour améliorer la prise en charge des acteurs culturels, conseillers et intermittents restent dubitatifs.

Tout régime d’indemnisation particulier s’accompagne de son lot de démarches administratives angoissantes. Mais les intermittents ont sans doute la palme du casse-tête. Pour connaître leur montant d’allocation journalière, ils doivent multiplier leur salaire par 0,42, lui-même multiplié par le salaire de référence, puis additionner 0,05 avant de tout diviser… par 5000 ! Il y a de quoi surchauffer le cerveau n’est-ce pas ?
Pour éviter de perdre la tête, France Travail développe sa communication auprès des acteurs culturels. Florian Truffier, membre de la direction de France Travail services, chargé de l’indemnisation des intermittents, explique : “On avait conscience des carences en communication, alors on a développé des flyers en ligne pour retranscrire toute la réglementation en langage naturel [...] et nous nous sommes lancés sur les réseaux sociaux, avec un groupe Facebook comptabilisant 10.000 membres”. La page est alimentée plusieurs fois par semaine d’informations pratiques pour guider les intermittents vers des pages, des numéros ou des évènements susceptibles de répondre à leurs problématiques.
Mais, selon les nombreux témoignages que nous avons obtenus, cela ne semble pas suffire. La galère administrative paraît être encore le lot quotidien de nombreux intermittents.
Un manque de formation
Le problème majeur pointé du doigt par les intermittents du spectacle : le manque de formation des conseillers France Travail. Elise V.* est comédienne à son compte depuis bientôt deux ans. Mais elle a longtemps été intermittente du spectacle. Elle connaît bien les difficultés que rencontrent les employés du spectacle : “C’est rare de tomber sur quelqu’un qui connaît vraiment bien le système”, dénonce-t-elle.
Elle se remémore notamment un échange avec un conseiller soulignant l’incompréhension vis-à-vis de leur situation : “Il ne comprenait pas que je ne travaillais pas en juillet, parce qu’en tant que comédienne, j’aurais dû participer au Festival d’Avignon! S’indigne-t-elle. “Comme si jouer là-bas était une évidence, alors que ça coûtait une fortune”. Entre la location d’une salle et les frais annexes, se représenter au Festival d’Avignon coûte entre 20 000 et 30 000 euros, rapporte le journal Les Echos.
Au-delà de la méconnaissance, certains dénoncent une forme de mépris de certains agents, comme Françoise A.*, percussionniste depuis plus de 30 ans. “ On sent, dans leur ton, et dans leur façon de nous traiter, que l’on est vus comme des chômeurs privilégiés (le régime de l’intermittence permet aux artistes et techniciens d’être indemnisés entre leurs activités), et ça peut donner lieu à des échanges désagréables”, regrette-t-elle. Elle admet qu’il est difficile de tomber sur des conseillers formés à l’intermittence, mais est en revanche très satisfaite lorsque c’est le cas. Ce problème de formation, certains agents de France Travail le reconnaissent volontiers. Irène F., conseillère à l’emploi France Travail en région parisienne reconnaît un manque de préparation à ses missions. Elle aimerait “plus de transparence et d’accès à l’information” de la part de son employeur. “Je n’ai jamais été formée ni habilitée à comprendre clairement l'indemnisation, malgré mes demandes et mes propres recherches d'élargissement de compétences”, explique-t-elle.
La débrouille des intermittents
Face à ces carences, les intermittents trouvent des solutions alternatives. “Entre artistes, le bouche-à-oreille fonctionne très bien”, livre Corinne. Entre eux, une solidarité s’est formée. Les concerné.es se soutiennent mutuellement pour répondre à leurs interrogations. Les syndicats jouent également un rôle clé dans l’accompagnement des artistes et techniciens : “Je suis très bien renseigné par la SNAM CGT et ça m’évite de batailler avec France Travail”, évoque Françoise*, soulagée par ces associations pour obtenir des réponses à ses questions.
Pour y voir plus clair dans leurs démarches administratives, un ancien conseiller France Travail spectacle se mobilise. Yann Gaudin a commencé à signaler des manquements à certaines indemnités, notamment du côté des intermittents du spectacle. Après plusieurs désaccords avec l’agence gouvernementale, il finit par être licencié. Depuis, il a créé l’association labonneetoile.fr pour venir en aide à ceux qui sont confrontés à des dysfonctionnements ou à des litiges avec France Travail. 600 cas ont été recensés par Yann Gaudin, qui a relaté les données récoltées sur X : 73% disent avoir affaire à des conseillers qui ne s’appuient sur aucun texte juridique; 65% affirment avoir reçu des informations erronées de la part de France Travail.
Une situation fréquemment observée par Yann Gaudin est l’oubli des aides de fin de droit. Lorsqu’un intermittent du spectacle indemnisable ne renouvelle pas sa demande d’allocation, il est sujet à une aide de 300 euros. Toutefois, “l’aide est peu communiquée, et rares sont les personnes qui reçoivent cet argent. C’est une petite aide, mais qui est toujours appréciée”, explique le Rennais. Pour lui, c’est une preuve supplémentaire des lacunes en communication de la part de France Travail.
*faux noms pour conserver l’anonymat des personnes interviewées
Alexandre Noisette, Haron Leveau et Lili-Jeanne Bluteau


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